Immobilier: < les acheteurs vont reprendre la main>

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Frappées de plein fouet par le Covid-19, les transactions de luxe retrouveront leur rythme de croisière en deux temps, prévoit le patron de Sotheby's IR.

Président du groupe Sotheby's International Realty, en France et à Monaco (54 agences, 550 collaborateurs), Alexander Kraft pronostique un plafonnement, voire une légère baisse des prix de vente des meilleurs biens immobiliers.
Le Point : Comment maintenez-vous votre activité dans un tel contexte épidémique ?

Alexander Kraft : Avec l'entrée en vigueur du confinement de la population en France, toutes nos agences ont fermé leurs portes au public du jour au lendemain. Depuis, elles ont su s'adapter à l'adversité en exerçant leur métier d'une autre façon, en mode totalement virtuel, hormis quelques personnels administratifs mis en chômage partiel. Afin de répondre à l'intérêt continu des acheteurs, l'activité commerciale se fait désormais à distance, par télétravail. Les visites de biens physiques sont ainsi remplacées par des échanges vocaux et numériques. Nous utilisons beaucoup les textos (SMS) envoyés sur les smartphones de nos clients. En un seul clic, ils accèdent à une fiche détaillant les caractéristiques du bien à vendre, agrémentée d'une vidéo de présentation d'une durée comprise entre trois et cinq minutes. Ce type de brochure numérique interactive n'a pas attendu la crise sanitaire pour prouver son intérêt, mais force est de constater qu'elle s'est généralisée et remporte un franc succès. En effet, les candidats se montrent très réactifs, même s'ils devront s'armer de patience, leurs options d'achats ne pouvant se concrétiser en ce moment : difficulté de signer des actes notariés, impossibilité de déménager, etc. En interne, des visioconférences (Zoom) servent de support de communication entre les agences mais aussi de plateforme de formations dispensées à l'ensemble des collaborateurs de notre réseau de franchisés.

L'année 2020 s'annonçait comme une année record pour notre réseau français jusqu'à l'annonce du confinement. Période d'ordinaire assez calme, les mois de janvier et de février avaient enregistré une activité extrêmement dynamique avec plus de 700 millions d'euros de biens vendus ou en train de l'être. Nous avons finalisé les transactions purgées des droits de rétractation et de préemption, qui ne nécessitaient plus que la signature de l'acte authentique. Le mode de signature à distance a fonctionné dans les grosses études de notaires parisiennes, moins bien en région, avec des offices injoignables ou peu réactifs. Nous n'avons jusqu'ici qu'à déplorer un recul de 20 % des ventes engagées qui ont été annulés ou reportées. Nous continuons par ailleurs de faire des affaires. La semaine dernière, nous avons par exemple signé trois promesses de vente d'un montant compris entre cinq et dix millions d'euros.

Quel scénario prévoyez-vous pour la suite ?
Globalement, nous anticipons une reprise en deux phases. Juste après la fin du confinement, il y aura probablement une explosion d'activité liée à la finalisation des signatures et à la reprise des déménagements. Dans un deuxième temps, d'autres transactions encore en suspens (soumises aux délais de rétractation, droit de préemption, conditions suspensives), et de nouvelles offres en cours de négociation, se concrétiseront plus lentement. À mon avis, tout le monde va d'abord essayer de s'orienter et de se réorganiser dans la nouvelle réalité qui sera la nôtre. La possible résurgence de l'épidémie de coronavirus, d'une deuxième vague de confinement, la fermeture des frontières, d'une probable récession économique… on n'y verra plus clair qu'à partir de la rentrée d'automne 2020. Mais d'ores et déjà le mal est fait et il y aura un sérieux trou d'air dans le nombre de transactions perdues.

Pronostiquez-vous une baisse, voire une chute, des prix immobiliers ?
Nous pensons que les prix vont stagner, voire baisser, pour les biens « standards ». En effet, il y a aura certainement un effet psychologique en sortie de crise qui entraînera davantage d'exigence dans la sélection des biens ou des révisions d'enchères (- 5 %) pour ceux présentant certains défauts : étages bas, nuisance sonore, travaux, etc. Les logements d'exception qui échapperont à ces critiques devraient connaître un meilleur sort et voir probablement leur prix plafonner. Considérés comme une valeur refuge, ils s'inscrivent dans une logique d'investissement alternatif, sans gros risque de revers de fortune.

Par Bruno Monier-Vinard
LE POINT.FR